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l’évaluation des usages
récréatifs des parcs nationaux
et les trajets à
destinations multiples (1)
L’évaluation des politiques publiques destinées à la préservation de
l’environnement et des ressources naturelles s’appuient sur les analyses
coûts-avantages –ACA- (Cost Benefit Analysis) pour guider le décideur public. La
difficulté de l’ACA réside dans le fait qu’une grande partie des coûts et des
bénéfices environnementaux n’ont pas de valeur marchande. La question posée est
alors la suivante : comment comparer les coûts monétaires d’une politique
environnementale aux bénéfices qu’elle génère. La science économique a développé
des méthodes permettant de donner une valeur monétaire à ces bénéfices
environnementaux de telle sorte à comparer coûts et bénéfices à l’aune d’une
même unité de mesure, l’unité monétaire.
Parmi
ces méthodes, la méthode des coûts de transport
-MCT- (Travel Cost Method -TCM) est particulièrement adaptée à l’évaluation des
usages récréatifs que procure un actif environnemental.
Cette
Note a pour objet de faire le point sur la question du traitement des
Destinations Multiples (Multi-Destination Trips - MDT) dans la mise en œuvre de
la méthode des coûts de transport pour évaluer les usages récréatifs d’un espace
naturel.
Les
Parcs Nationaux et la question des Trajets à Destinations Multiples
Problématique
Une des
limites de l’évaluation des bénéfices récréatifs d’un site naturel par la MCT
réside dans la façon de traiter la question des trajets à destinations multiples
(Multi-Destination Trip-MDT). La question posée est la suivante : comment
mesurer correctement les coûts de transport lorsque le déplacement vers un
espace naturel n’est pas linéaire ou la visite du site n’est pas l’unique
motivation de leur présence sur celui-ci ?
Pour
illustrer autrement notre propos, supposons que deux groupes de personnes qui se
rendent à Paris pour une manifestation.
Le
premier groupe de visiteurs s’est déplacé depuis les Etats-Unis pour participer
à la manifestation à Paris, et accessoirement en profite pour visiter la Tour
Eiffel. Le coût marginal du transport pour visiter le monument parisien est
négligeable et incite au déplacement. Mais la tour Eiffel n’est pas le véritable
objet qui a motivé le déplacement, c’est la manifestation qui les a incité à
traverser l’Atlantique. Evaluer la visite de la Tour en prenant en considération
le coût du déplacement depuis les Etats-Unis serait disproportionné. La valeur
de ce déplacement, n’est pas le véritable proxy-prix- payé pour visiter la Tour
Eiffel. Supposons maintenant qu’un groupe d’allemands saisissent le prétexte de
leurs vacances motivés par la tour Eiffel pour participer à la même
manifestation. Leur déplacement est motivé par la visite de la tour Eiffel et
accessoirement participer à la manifestation.
Les deux
groupes de visiteurs seront interrogés dans le cadre d’une même enquête et sur
le même lieu mais leur DAP pour le même usage récréatif n’est pas le même.
Pendant
longtemps, la littérature et les études ont contourné la difficulté en
simplifiant le problème ;
a)
Soit en posant comme hypothèse que les dépenses liées au transport
sont attachées à la visite unique du site dans un seul objectif (Haspel A, et
al.1982[i],
Loomis et al. 2000[ii]).
Cette solution est peu satisfaisante lorsque la distance éloignée qui séparent
la résidence principale des visiteurs et le lieu de l’usage récréatif du Parc
National. Cette distance conduit à une organisation du séjour tenant compte de
plusieurs objectifs, voire le déplacement sur plusieurs sites. En outre, cette
solution conduit à une surestimation de la valeur du surplus des
usagers, et par conséquent de la valeur des bénéfices associés au site.
b)
Soit en éliminant de l’ensemble des enquêtes les visiteurs à
destinations multiples et à objectifs multiples et ne considérer que les
visiteurs dont l’unique destination est le site étudié et dont l’objectif
recherché est celui évalué (Smith ad Kopp, 1980[iii] ;
Common et al.[iv]).
Cette seconde solution, n’est pas non plus satisfaisante dans la mesure où elle
introduit des biais dans l’échantillon, notamment en termes de caractéristiques
socio-économiques et socio-démographiques des visiteurs. En outre, cette
solution pourrait contribuer à sous-estimer la valeur des
bénéfices associés à un site.
L’hypothèse sous-jacente du modèle des coûts de transport à destination unique,
dans un objectif récréatif unique et lorsque l’usager décide de se déplacer et
faire l’aller-retour directement vers le site, repose sur le fait que les
dépenses associées à l’exercice de l’usage sont un proxy du prix payé pour
bénéficier de l’usage récréatif en question (Freeman, 1993). Dans ce cas de
figure, il n’y a aucun inconvénient à considérer la totalité des coûts de
transport comme indicateur du prix d’accès au site. Il existe de nombreux
exemples de ce type d’usage récréatif. A titre d’illustration on peut citer le
WE au ski, la promenade du dimanche dans un bois, la visite d’un musée pour une
journée, la journée à la plage, etc.
Lorsque
le déplacement est motivé par un ou plusieurs usages récréatifs sur un ou
plusieurs sites, la question peut être assimilée à une problématique de
consommation jointe de biens et services et de partage de coûts
communs.
C’est
généralement le cas lorsque les visiteurs d’un site partent en vacances pour un
période plus longue que le WE, ou lorsque le site de destination est éloigné.
Les parcs nationaux, si l’on en juge aux résultats des études de fréquentation,
appartiennent à cette catégorie. Pour le cas du Parc National de Port-Cros
-PNPC, les usages récréatifs pratiqués sont, la promenade à pied, la plage, le
tour de l’île, la plongée en Apnée, le pique-nique, la visite du Fort de
l’Estissac, l’observation de la nature, les activités nautiques, etc[v].
Les visiteurs viennent de l’ensemble du territoire national, mais aussi de
l’étranger (Italie, Suisse, Belgique, Allemagne, Grande-Bretagne, Pays-Bas).
Dans ces cas, il est peu probable, que pour tous les visiteurs, le PNPC soit
l’unique et seule raison qui a motivé le déplacement. Retenir systématiquement
la totalité des coûts de déplacement pour évaluer les bénéfices des usages
récréatifs du parc est disproportionné. L’observation porte sur la globalité des
coûts de transport pour une multiplicité d’activités et/ou sur une pluralité de
sites.
Retenir
la première solution, c'est-à-dire faire l’hypothèse d’un déplacement à objectif
unique et destination unique revient à surestimer le prix payé pour accéder aux
usages du site. Eliminer les visiteurs à destinations multiples revient à
sélectionner une catégorie de visiteurs aux caractéristiques
socio-démographiques et socio-économiques particulières. En l’occurrence, dans
le cas du PNPC, cela revient à ne retenir que les visiteurs situés à proximité
du site, dont la DAP et le nombre de visites du site diffèrent des autres
visiteurs. L’allure de la fonction de demande n’est plus exacte, et la valeur
des bénéfices faussée.
La
pondération des coûts de transports
Kuosmanen et al. 2004[vi]
suggèrent également de pondérer les coûts de transport.
Sur
une échelle de 0 (zéro) à 10, 0 (zéro) indiquant l’absence d’influence et 10
indiquant l’unique raison, quelle influence diriez-vous que le Parc a eu dans le
choix de la destination de votre séjour de vacances ? [Pour les résidents
d’Hyères, la question porte sur le choix de rester sur le site du Parc pour leur
vacances versus opter pour une autre destination, en dehors du département ou de
la Région].
Martınez-Espineira et al. 2009[vii]
suggèrent de poser la question ci-dessus aux visiteurs interviewés. Ce
classement et/ou cette note affectée à l’influence du site revient à introduire
une dose de préférences déclarées dans la technique des méthodes de d’évaluation
à partir des préférences révélées. Cette information sur les préférences des
visiteurs permettra surtout de pondérer les coûts communs de transport
entre les différentes destinations. Il ne restera plus qu’à construire la clé de
répartition des coûts communs de transport entre les différentes étapes du
parcours des visiteurs.
Nous
pouvons anticiper deux effets par rapport aux traitements traditionnels décrits
ci-dessus.
1.
Une diminution de la valeur d’usage individuel. La pondération des coûts de
transport, en fonction de l’influence que ces derniers accordent au site dans le
choix de leur destination, réduit de manière significative (50% pour les données
sur le Parc du Gros Morne, Martınez-Espineira et al. 2009) la valeur du
surplus par individu. La pondération tend à réduire la valeur des coûts de
transport des visiteurs à destination multiples.
2.
Une augmentation des visiteurs à valeur d’usage faible. Les visiteurs longue
distance, dont la présence sur le site n’est motivé que faiblement par
l’existence du Parc, ne sont plus systématiquement éliminés. La pondération
conduit à multiplier ces visiteurs à faible valeur d’usage plutôt que de les
éliminer. Cet effet est particulièrement significatif lorsque le site étudié
attire des visiteurs longue distance.
Appliqué au cas d’un Parc National, le visiteur qui se déplace sur le site pour
plonger précisément dans les eaux du Parc, annoncera la valeur de 10 à la
question ci-dessus. Le prix payé par ce visiteur pour bénéficier de cet usage
récréatif particulier sera égal à la totalité des coûts de son trajet. En
revanche, celui pour lequel, plonger dans les eaux de Port-Cros est un usage
récréatif secondaire sur son chemin à destination d’un autre site, attribuera un
poids inférieur à 10 à la même question. Pour ce dernier, le Parc National n’a
pas été l’élément déterminant de sa présence sur le site, et le poids du coût du
trajet est ajusté en le multipliant par un coefficient inférieur à 1.
(1) La
Rédaction de cette note, en collaboration avec BRLi, a été réalisée dans
le cadre d'une étude pour le Parc National de Port-Cros avec le concours des
Parcs Nationaux de France.
[i]
Haspel A,
Johnson R (1982), Multiple destination trip bias in recreation benefit
estimation. Land Economic 58:364–372
[ii]
Loomis J,
Yorizane S, Larson D (2000), Testing significance of multidestination and
multi-purpose trip effects in a travel cost method demand model for whale
watching trips. Agricultural and Resource Economics Review 29(2):183–191
[iii]
Smith V, Kopp R (1980), Spatial limits of the travel cost recreational
demand model. Land Economics 56:64–72
[iv]
Common M, Bull T, Stoeckl N (1999), The travel cost method: an empirical
investigation of Randall’s difficulty.
Australian Journal of
Agricultural and Resource Economics 43:457–477
[v]
Source : PNPC, Juin 2003, Etude de fréquentation touristique des îles de
Port-Cros et de Porquerolles.
[vi]
Kuosmanen et
al., 2004 T. Kuosmanen, E. Nillesen and J. Wesseler, Does ignoring
multidestination trips in the travel cost method cause a systematic bias,
The Australian Journal of Agricultural and Resource Economics 48 (2004), pp.
629–651.
[vii]
Roberto Martınez-Espineira & Joe Amoako-Tuffour, “Multi-Destination and
Multi-Purpose Trip Effects in the Analysis of the Demand for Trips to a
Remote Recreational Site” ; Environmental Managment, 2009, vol.43, p.
1146-1161.
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