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Un Milliard de tonnes de CO2
c'est le volume de quotas échangé, sur les différents places européennes
pour un prix moyen de 18€/t, depuis la création du marché européen du
carbone en juin 2005. Eu égard à cet important développement, nous
proposons, en cette fin d'année 2006, une mise en perspective économique
du marché du CO2 à l'aune du prix d'équilibre du quota.
1
– Un crash-test au premier semestre 2006
Aux mois d'avril et mai 2006, les Etats de l'UE
ont remis à la commission européenne les résultats des émissions de CO2
des installations. Sur les différentes places de marché Carbone, le prix
du spot a chuté d'environ 55%. Il est apparu que le volume de quotas
d'émission attribué à l'échelle européenne était de 44 millions de
tonnes supérieur à la demande ; soit un excédent d’offre de 2,47 % par
rapport à la demande. En tenant compte des réserves (destinées aux
nouveaux entrants) le surplus serait de 6,52%.
Tableau : Allocations de
quotas émissions de CO2, en tonnes
|
Etats membres de l'UE |
Emissions 2005 de CO2 |
Part des installations vérifiées |
Allocations annuelles moy.
hors réserves (2005 à 2007) |
Quotas annuels mis en
réserves |
Surplus ou déficit d'allocation (Hors
réserves) |
Surplus ou déficit d'allocation en % |
|
Allemagne |
473 715 872 |
99,80% |
495 073 574 |
3 926 426 |
21 357 702 |
4,51% |
|
Autriche |
33 372 841 |
100,00% |
32 674 905 |
33 005 |
-697 936 |
-2,09% |
|
Belgique |
55 354 096 |
99,90% |
59 853 575 |
2 545 876 |
4 499 479 |
8,13% |
|
Danemark |
26 090 910 |
98,90% |
31 039 618 |
2 460 382 |
4 948 708 |
18,97% |
|
Espagne |
181 063 141 |
99,10% |
162 111 391 |
13 162 130 |
-18 951 750 |
-10,47% |
|
Estonie |
12 621 824 |
100,00% |
18 763 471 |
189 529 |
6 141 647 |
48,66% |
|
Finlande |
33 072 638 |
100,00% |
44 587 032 |
862 952 |
11 514 394 |
34,82% |
|
France |
131 147 905 |
99,70% |
150 500 685 |
4 871 317 |
19 352 780 |
14,76% |
|
Grèce |
71 033 294 |
99,50% |
71 135 034 |
3 286 839 |
101 740 |
0,14% |
|
Hongrie |
25 714 574 |
99,00% |
30 236 166 |
1 424 738 |
4 521 592 |
17,58% |
|
Irlande |
22 397 678 |
100,00% |
19 238 190 |
3 081 180 |
-3 159 488 |
-14,11% |
|
Italie |
215 415 641 |
95,40% |
207 518 860 |
15 551 575 |
-7 896 781 |
-3,67% |
|
Lettonie |
2 854 424 |
99,90% |
4 054 431 |
50 576 |
1 200 007 |
42,04% |
|
Lituanie |
6 603 869 |
99,90% |
11 468 181 |
797 213 |
4 864 312 |
73,66% |
|
Pays-Bas |
80 351 292 |
100,00% |
86 439 031 |
2 503 305 |
6 087 739 |
7,58% |
|
Portugal |
36 413 004 |
99,90% |
36 898 516 |
1 262 898 |
485 512 |
1,33% |
|
Rép.Slovaquie |
25 237 739 |
100,00% |
30 364 848 |
718 |
5 127 109 |
20,32% |
|
Rép.Tchèque |
82 453 727 |
98,40% |
96 907 832 |
34 802 |
14 454 105 |
17,53% |
|
Royaume-Uni |
242 396 039 |
99,90% |
209 387 854 |
15 527 484 |
-33 008 185 |
-13,62% |
|
Slovénie |
8 720 550 |
100,00% |
8 691 990 |
66 667 |
-28 560 |
-0,33% |
|
Suède |
19 306 761 |
99,40% |
22 530 831 |
678 149 |
3 224 070 |
16,70% |
|
Total |
1
785 337 819 |
99,10% |
1
829 476 015 |
73
389 670 |
44
138 196 |
2,47% |
Source : Commission Européenne, IREEDD
2 – Un prix de marché supérieur au prix d'équilibre
Rappelons que le prix d'équilibre du marché de CO2 n'est
autre que le prix dual de la contrainte quantitative des émissions qui
s'impose à l'ensemble des acteurs sur le marché. Ce prix d'équilibre
varie dans une fourchette allant de zéro lorsque la contrainte est nulle
à un plafond qui est égal au montant de la pénalité (40€/tCO2) imposée
aux installations qui débordent des émissions autorisées. Ce sont donc
les PNAQs (Plan(s) National(aux) d'Allocation des Quotas) qui fixent la
contrainte en déterminant les quantités de quotas allouées à chaque
installation. S'ils sont généreux, les PNAQs sont favorables aux
entreprises, au détriment de la protection du Climat, et représentent
une contrainte qui se desserre exerçant une pression à la baisse sur le
prix d'équilibre, et réciproquement. Le surplus de 44 MtCO2 se retrouve
aujourd'hui sur le marché de l'année 2006. En supposant un excédent de
quotas sur les émissions réelles en 2006, nous nous retrouverons en
2007, toutes choses égales par ailleurs, avec un prix de la tonne de CO2
qui tendra vers zéro puisque la contrainte de quotas sera nulle avec
aucune possibilité de conserver le reliquat pour la deuxième période
2008-2012.
Mais
alors,
qu'est ce qui soutient le
prix du CO2 sur le marché
? Un détour théorique
permet d’apporter un éclairage !
2.1 - L'indépendance de Montgomery...
La mise en place d'un marché de droits ou de permis
d'émission suppose au préalable une allocation initiale de ces droits ou
permis. Le législateur dispose de plusieurs options, qui ne sont
d'ailleurs pas sans avoir d'incidence sur l'efficacité et l'équité du
mécanisme de marché à mettre en place. Les plus importantes sont le
principe du grandfathering,
principe dit du
premier-arrivé-premier-servi
(on parle également de droits historiques) et/ou la mise aux enchères.
Dans le premier cas, les droits d'émission sont gratuits dans le second,
ils sont payants. C'est le principe du
grandfathering qui a été
retenu pour allouer les permis d'émission de CO2 en Europe.
De nombreuses
recherches ont porté sur l'impact que pourrait avoir l'allocation
initiale des permis sur l'efficacité du marché. La
"Montgomery's independance"
est un résultat bien connu dans cette littérature théorique en économie
de l'environnement. Montgomery (1972) montre que
l'allocation initiale des permis n'a pas
d'incidence sur le choix des décisions d'émission des entreprises.
Autrement dit, allouer les permis aux enchères, au
grandfathering ou autrement,
n'a pas d'impact sur la stratégie d'émission des acteurs, et, par voie
de conséquence sur l'efficacité du marché
[1]. Ce résultat signifiait que s’il subsistait un
écart entre le prix de marché et le prix d’équilibre, ce n’était pas
dans le mode d’allocation des permis qu’il fallait chercher. En réalité,
si !
2.2
- ... remise en cause !
Récemment, les
résultats obtenus dans le cadre de recherches en économie expérimentale
menées par Murphy et. al. (2006) remettent en cause la robustesse de
l'indépendance de Montgomery. Les auteurs montrent qu'il y a bien un
impact des modalités de l'allocation initiale des permis sur la décision
d'émission des agents. La modalité de l'allocation initiale détermine en
effet les vendeurs nets et les acheteurs nets de permis d'émission ;
autrement dit, les positions structurellement courtes et les positions
structurellement longues des entreprises sur le marché. Ces positions
affectent le comportement des acteurs de la façon suivante. En position
longue, les vendeurs nets (c'est le cas de l'Allemagne à l'échelle de
l'Europe) tendent à retenir leurs droits d'émissions pour respecter
leurs obligations de conformité, tandis que les opérateurs courts, i.e.
les acheteurs nets, sont incités à investir pour réduire leurs émissions.
In fine, la faiblesse du nombre de
permis échangés sur le marché a pour conséquence un prix
artificiellement élevé, au sens d'un prix du permis d'émission supérieur
au prix d'équilibre.
Ce
résultat peut être rapproché d'autres recherches en économie
expérimentale, qui mettent en exergue cet effet
dotation dans d'autres
expérimentations (Kahneman et al. (1991)). Il n'est toutefois pas
rigoureux d'attribuer directement les résultats de Murphy et al. (2006)
à cet effet dotation dans
la mesure où leur expérimentation n'a pas été calibrée pour tester cette
hypothèse.
3 -
Conclusion
On
peut aisément faire confiance aux acteurs du marché qui, après cette
première phase d'apprentissage, prendrons conscience de l'enjeu des
permis d'émission en termes de coût d'opportunité, pour se délester plus
facilement des quotas dont ils n'auront pas besoin. Si les PNAQ II, en
livraison actuellement, sont aussi généreux que les premiers, ils
mettront en péril le marché du CO2. Il semblerait que la commission
européenne ait pris la mesure de l'enjeu. Sur les 10 PNAQs remis à la
Commission, cette dernière n'a accepté que celui de la Grande-Bretagne.
Les neuf autres états membres sont invités à modifier leur plan. La
France a obtenu un délai pour présenter un nouveau plan
plus conforme.
Fady HAMADÉ
Hahn, R., 1984,
Market power and transferable property rights, Quarterly Journal
of Economics 99, 735–765.
Kahneman, D., Knetsch, J.L., Thaler, R.H., 1991,
Anomalies: the endowment effect, loss aversion, and status quo bias,
Journal of Economic Perspectives 5, 193–206.
Montgomery, W.D., 1972,
Markets in licenses and efficient pollution control programs,
Journal of Economic Theory 5, 395–418.
Murphy, J.J., Stranlund J.K., 2006,
Direct and market effects of enforcing emissions trading programs: An
experimental analysis, Journal of Economic Behavior & Organization
Vol. 61, 217–233
Rabin, M., 2000,
Risk Aversion and expected-utility theory: a calibration theorem,
Econometrica 68, 1281–1292.
Stavins, R.,
1995, Transaction costs and tradable permits, Journal of
Environmental Economic and Management 29, 133–148.
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